Comment avez-vous réagi à cette affaire Buisson  qui empoisonne la vie politique ?

L’affaire Buisson est détestable. Quoiqu’il arrive nous nous trouvons dans un état de délitement moral qui semble ne pas avoir de limite. Cette affaire et ces enregistrements clandestins sont  l’expression d’une crise morale et politique qui donne la nausée.

Dès le mardi 12 mars, vous avez demandé le premier la démission de Christiane Taubira. Vous avez été ensuite rejoint par JF Copé. Pour quelles raisons cette demande ?

Il y a un mensonge politique ! Alors qu’en tant que garde des Sceaux, ministre de la justice, elle exerce une fonction qui ne saurait entacher la crédibilité du système judicaire, Christiane Taubira a menti aux Français – c’est une évidence quoiqu’elle s’en défende – : elle doit en tirer les conséquences et démissionner. Au sein du gouvernement, c’est une véritable cacophonie…Jean-Marc Ayrault lui aussi n’a pas dit la vérité. S’il ne saurait y avoir de commission d’enquête parlementaire sur le sujet, il est indispensable – alors que la politique est l’objet d’un discrédit sans nom aux yeux des Français – , que  Christiane Taubira et Jean-Marc Ayrault soient entendus dans les prochains jours par les commissions permanentes du Parlement. On ne saurait supporter plus de cafouillage et d’enfumage !

 Ces affaires donnent une image détestable des politiques ?

Ce sont les Français qui les élisent…Il y a toujours le moyen d’en changer. Depuis trente ans nous avons vécu sous le règne du RPR, puis du PS et de l’UMP et à nouveau du PS. De toute évidence les Français aspirent à une recomposition du paysage politique et pourtant ils continuent à voter majoritairement pour l’UMP et le PS. Jusqu’alors ils ont exprimé du dégoût, mais jamais de volonté radicale de se tourner vers autre chose et de changer ainsi le paysage politique. L’UDI existe pour démontrer qu’une voie libérale, humaniste, la voie d’une Europe puissante avec une intégration économique et fiscale plus forte, est possible en France.

L’arrivée du Modem  n’a-t-elle pas fragilisée l’UDI ? 

Il  aurait été absurde d’avoir deux listes centristes pour ce scrutin important. Nous avions le devoir et la responsabilité de porter le message d’une Europe puissante. C’est vrai que le rapprochement du Modem et de l’UDI n’est pas facile.  On l’a vu pour la constitution des listes au plan local comme par exemple à Nantes. La ligne politique est claire puisque nous avons signé une charte, qui indique que nous sommes dans l’opposition, mais l’application dans les territoires est difficile. Laissons se dérouler les municipales,  faisons campagne pour les européennes ; cela nous apprendra bien à vivre ensemble. Nous verrons alors ce que nous sommes capables ou non de faire ainsi réunis !

Sur le plan économique comment jugez-vous le pacte de responsabilité proposé par François Hollande ?

Le pacte de responsabilité signé avec les partenaires sociaux et le patronat est de mon point de vue une véritable farce. Cet accord ne rime à rien parce qu’il n’engage à rien. Les créations d’emplois annoncées grâce au pacte relèvent de la pure invocation. La question fondamentale est que la France souffre d’un vrai problème de compétitivité, qui n’est pas seulement lié à la question du coût du travail. Il faut partir d’un constat implicite qui est que la France et surtout ses gouvernements ont fait le choix d’un chômage de masse depuis vingt ans. Tout a été construit sans dire aux Français que la dépense publique était excessive, que la politique fiscale était aberrante et les charges étaient trop pesantes sur les entreprises, le risque et l’investissement productif découragés. Il faut aujourd’hui un électrochoc pour renverser la vapeur et pas simplement une réduction de charges sociales.

Que proposez-vous de différent ?

Je revendique un effort national à tous les niveaux.  Par exemple, Il faut commencer par réduire le nombre de députés à 400  et celui des sénateurs à 200.  De toute façon avec la fin programmée du cumul des mandats, nous avons trop de parlementaires. Il faut en même temps proposer aux Français de travailler plus, c’est-à-dire 39h payées 35h – en privilégiant bien entendu les accords au sein des entreprises – et réduire les cotisations salariales sur la famille de façon à rendre environ 1000 euros par an de pouvoir d’achat  aux Français. Je défends l’idée d’un vrai choc de compétitivité, autour d’une politique libérale, qui dit en toute franchise  aux Français : c’est par l’amélioration des conditions de production que l’on fera la meilleure des politiques sociales, c’est-à-dire le retour au plein-emploi !

Cela impliquerait dans le même temps des efforts que les Français ne sont pas prêts d’accepter ?

Les Français sont prêts à faire des efforts, car ils ont compris que le système actuel ne fonctionne plus. Est-ce que notre destin est de voir notre pouvoir d’achat se réduire, d’avoir un chômage massif et des prélèvements obligatoires qui ne cessent d’augmenter pour boucher un déficit qui s’approche des 100% du PIB ? Ou essaie-t-on de renverser la vapeur ? Les Français sont prêts à l’effort collectif pour éviter ce délitement de la nation française. Je crois au sursaut collectif.

Un remaniement vous semble aujourd’hui plus que nécessaire ?

Ce qui m’importe n’est pas ce futur gouvernement mais au service de quelle politique. Et là je ne me fais pas d’illusion ! La  cote de popularité à 15 % d’un premier ministre et d’un chef de l’Etat : on n’a jamais vu cela sous la Vème république.  Un gouvernement resserré pourquoi pas…Cela évitera peut-être la cacophonie au sein du gouvernement, comme Cécile Duflot l’a fait sur l’aéroport de Nantes, mais encore faut-il qu’il y ait de l’autorité au sommet de l’Etat. C’est choquant ! Qu’il y ait des débats au sein du gouvernement c’est légitime, mais que des ministres s’expriment ainsi, ce n’est pas acceptable. Hollande a sorti de son chapeau ce remaniement, alors qu’il faudrait surtout des mesures courageuses. Ces mesures ne peuvent être prises qu’en début de mandat comme Nicolas Sarkozy avait su le faire par exemple avec la réforme des universités. Désormais Hollande va rester dans l’incantation et non pas dans la transformation. Le pays sera dans l’immobilisme  jusqu’en 2017.

Vous avez été ministre de la Défense, que vous inspirent les bruits de bottes russes en Crimée et comment l’Europe peut-elle réagir en Ukraine ?

Des sanctions doivent être prises contre la Russie car l’Ukraine doit être respectée. L’Europe ne peut pas accepter ce que fait Poutine. La première réponse est donc qu’il faut que les USA et l’Europe agissent ensemble. Il faut un plan cohérent et que les deux rives de l’Atlantique soient soudées. Les Russes doivent en finir avec leur inquiétude historique d’être victimes d’un encerclement des puissances occidentales. Pour cela il faut créer une nouvelle structure de discussion et de règlement des conflits, à l’échelle du continent européen. Il faut cette structure permanente pour dénouer les crises et éviter les conflits gelés entre l’Europe et la Russie. Cela permettrait d’éviter les conflits entre l’Europe et la Russie ; le risque est cependant grand de devoir accepter des compromis par faiblesse, car personne ne voudra se battre pour la Crimée.

En Centrafrique comment voyez-vous la sortie de crise ?

Nous sommes intervenus dans l’urgence et nous essayons de favoriser  un processus de sortie de crise ainsi qu’une solution politique. Mais c’est clairement à la communauté internationale de prendre le relai au cours de cette année. Il nous faut pouvoir se replier car ce n’est pas à nous de gérer une situation qui risque de prendre au moins dix ans. Si la même situation se reproduit dans un autre pays africain, que ferons-nous ? Ce que je sais c’est que cette mission est un cauchemar pour les soldats qui sont pris entre le marteau et l’enclume et qu’on transforme en gendarmes mobiles.

Pour moi très clairement, si la communauté internationale ne prend ses responsabilités pour nous suppléer il nous appartiendra d’en tirer les conséquences…

 

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