La Cour des comptes est sceptique sur la capacité de la France à réduire les dépenses et le déficit public. Partagez-vous ce sentiment ?

Je ne suis pas sceptique sur la capacité de la France à les réduire, bien au contraire, mais je suis, en effet, plus que sceptique sur la capacité du gouvernement Hollande à le faire. Même si l’exercice est difficile, je reste persuadé que nous pouvons réduire les dépenses à l’exemple de ce que j’ai fait quand j’étais au ministère de la Défense. Pour avoir été à la tête d’un ministère qui a fait le plus gros effort, avec 1,6 milliard d’euros d’économies de fonctionnement, je sais que c’est est un exercice difficile. Il faut faire preuve de pédagogie et de beaucoup de volonté. Je mesure aussi à quel point réduire les dépenses de 50 milliards sur trois ans, quand on est socialiste, doit être compliqué…

Vous ne croyez pas que le gouvernement tiendra ses engagements…
Entre les clientèles électorales à entretenir et le réflexe d’augmenter la dépense publique au moindre blocage, il est impossible de lancer la moindre réforme systémique. A fortiori quand le pouvoir est aussi impopulaire. Je note que Nicolas Sarkozy n’aurait jamais pu réussir la réforme des universités s’il ne l’avait pas fait voter au début de son quinquennat.

Que préconisez-vous pour réduire la dépense publique ?
Le niveau des prélèvements obligatoires en France n’est plus supportable. Le seul outil de finances publiques possible est la réduction structurelle de la dépense publique. Cette dernière doit non seulement permettre de mettre fin à la spirale d’endettement de l’État de notre pays, mais aussi de dégager les marges de manœuvre pour libérer les initiatives et conduire une vraie politique de l’offre (financement du choc de compétitivité et baisse des prélèvements obligatoires). C’est pourquoi nous proposons de mettre en place un plan de réduction des dépenses publiques de 80 milliards d’euros.

Vous préconisez notamment de relever la durée hebdomadaire du travail…
L’une des mesures fortes serait le retour aux 39 heures payées 35. Je précise que, dans le secteur privé, cela se ferait bien entendu dans le cadre d’accords au sein des entreprises. C’est donc l’une des mesures à prendre pour un véritable choc de compétitivité pour notre pays et cela permettrait à l’État de récupérer 11 milliards d’euros d’aides aux entreprises. Avec le retour aux 39 heures dans la fonction publique, on pourrait ne pas remplacer 2 fonctionnaires sur 3 partant à la retraite. Augmenter la durée hebdomadaire du travail ferait repartir la croissance et l’emploi et par conséquent améliorerait les recettes de l’État et des organismes sociaux.

Croyez-vous qu’une réforme des collectivités locales puisse permettre de faire des économies ? 
Oui, c’est pour cela qu’il faut accélérer, alors que le gouvernement est en train de caler sur cette question. Il est nécessaire à la fois de clarifier les compétences et de supprimer des échelons. On devrait pouvoir, sans susciter de drame, regrouper les petites communes et passer ainsi de 36 000 à 10 000. Tout cela, bien sûr, en tenant compte des différences entre les zones de montagne et les zones de plaines, et en fixant un cap clair. La réalité aujourd’hui est que l’essentiel du pouvoir des petites communes est remonté au niveau intercommunal. D’autre part, il est nécessaire d’articuler les départements et les métropoles. Et dans les régions les plus urbanisées de France, je suis favorable à la suppression du département. Il faudrait aussi procéder à un redécoupage régional.

Sur la clarification des compétences, êtes-vous opposé à la clause de compétence générale ?
Il faut mettre fin à la clause de compétence générale sauf pour les communes.

Le programme de votre parti, l’UDI, propose de revoir la gestion paritaire de certaines politiques publiques…
Un volume considérable de dépenses publiques est géré par les partenaires sociaux : 650 milliards d’euros. Et personne n’est capable de donner le nom d’un seul gestionnaire d’organisme qui gère beaucoup plus que n’importe quel ministère ! Il est temps de passer d’un paritarisme de gestion à un paritarisme de stratégie. D’accord pour que les partenaires sociaux soient seuls maîtres à bord pour l’assurance chômage ou les accidents du travail, mais il faut en finir avec l’émiettement des politiques quand il s’agit de la famille ou de la formation professionnelle.

Préconisez-vous une réforme de la fonction publique et une remise en cause du statut ?
Avec le retour aux 39 heures et l’instauration de la règle du “2 sur 3”, on ferait déjà un pas important. On n’aurait pas besoin de toucher au statut de la fonction publique. Je souhaite par ailleurs que les recrutements des salariés des opérateurs exerçant des missions non régaliennes soient désormais réalisés sous droit privé. Une meilleure gestion des agences et opérateurs de l’État permettrait de réaliser plus de 3 milliards d’euros d’économies.

Êtes-vous favorable à la poursuite du gel du point d’indice pour les fonctionnaires ou au blocage de leur avancement ?
On est typiquement sur la mesure de “rabot” qui finit par décourager tout le monde. Les fonctionnaires et les Français dans leur ensemble sont épuisés par les efforts qu’on leur demande depuis des années, en vain. Le gel du point d’indice ou de l’avancement n’est pas à la hauteur de l’enjeu, car le pays a aussi besoin de fonctionnaires qui se sentent bien dans leur vie professionnelle.

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