INTERVIEW – Le député UDI, Hervé Morin explique les raisons qui l’amènent à rejeter la réforme qui sera débattue mercredi à l’Assemblée…

Le projet de loi sur la formation professionnelle, présenté comme une nouvelle arme anti-chômage par le gouvernement, arrive à partir de mercredi à l’Assemblée nationale. Il prévoit notamment d’en finir avec un Droit individuel à la formation (DIF) moribond qui permettait à chaque salarié de se constituer un crédit de 120 heures de formation sur six ans. A partir du 1er janvier 2015, chaque salarié sera doté d’un compte personnel de formation (CPF), qui le suivra tout au long de sa carrière, même lors des périodes de chômage ou s’il change d’emploi à hauteur de 150 heures maximum sur huit ans. Si les députés socialistes soutiennent l’initiative, l’opposition rejette globalement l’initiative à l’instar du député (UDI) Hervé Morin. L’ancien ministre de la Défense de Nicolas Sarkozy nous explique les raisons de son choix.

Vous êtes opposé à la réforme de la formation professionnelle. Pourquoi?

Je trouve ce texte extrêmement décevant face à la nécessite de rendre le système de formation professionnelle plus efficace pour lutter contre le chômage. J’aurais voulu une arme, on a finalement une escopette! La politique des petits pas ne suffit plus. Il y a urgence à agir en profondeur dans tous les domaines. C’est Valmy qu’il nous faut. C’est la raison pour laquelle je ne voterai pas en faveur de ce texte.

Pourtant ce texte contient des avancées?

Certes, le compte personnel de formation (CPF) qui va succéder au droit individuel à la formation (DIF) permettra de passer de 120 heures de formation sur six ans à 150 heures sur huit ans. Mais c’est nettement insuffisant pour des formations qualifiantes dont la durée est souvent plus longue. Cette réforme ne répond pas du tout à la gravité de la situation. D’un côté, vous avez 32 milliards d’euros dépensés chaque année pour la formation et de l’autre un chômage à un niveau record. Or, jusqu’ici la formation bénéficie essentiellement aux cadres et aux personnes diplômées. Une réforme ambitieuse serait celle qui permettrait autant aux chômeurs qu’aux salariés de pouvoir s’adapter en fonction de l’évolution de l’économie car n’oublions jamais que l’économie et la croissance sont un phénomène de destruction et de création d’activités. C’est ainsi par exemple que Kodak a disparu au profit de photos prises par nos téléphones portables. Il faut donc protéger la personne en lui permettant d’évoluer plutôt que de tenter de protéger des emplois qui de toute façon disparaîtront.

Quelles sont vos propositions?

J’aurais souhaité d’une part que les personnes ayant fait des études courtes -et qui donc ont coûté moins cher à l’Etat en termes d’éducation-, puissent disposer de crédits de formation plus élevés que les plus diplômés. Nous proposons aussi à l’UDI que les personnes désireuses de payer de leur poche une partie de leur formation qui ne pourrait pas être intégralement financée avec leurs droits acquis puissent déduire ces sommes de l’impôt sur le revenu. Mais ces propositions ont été retoquées. Enfin il faudrait un vrai système indépendant de certification des formations pour éviter le gaspillage des formations parfois médiocres. On a préféré le statu quo pour ne pas froisser les syndicats qu’ils soient patronaux ou salariaux pour lesquels la formation professionnelle est un moyen majeur de leur financement.

 Propos recueillis par Mathieu Bruckmüller
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