Hervé Morin : «Pour renverser la vapeur, passons aux 39 heures payées 35»

Par Isabelle Ficek | 27/01/2014
 

INTERVIEW – Le président du Nouveau Centre et du conseil national de l’UDI estime que «la France a besoin d’une vraie politique de l’offre». Chargé des questions économiques au contre-gouvernement de l’UDI, il a dégagé avec un groupe d’experts (économistes, hauts-fonctionnaires, dirigeants d’entreprise…) une série de mesures pour l’emploi.

L’UDI a estimé que le pacte de responsabilité allait plutôt dans le bon sens. Pensez-vous qu’il soit de nature à améliorer les chiffres de l’emploi et de la croissance ?

Hervé Morin, président du Nouveau Centre. - HAMILTON/REA

 
Je n’y crois pas. La question fondamentale est que la France souffre d’un vrai problème de compétitivité qui n’est pas seulement lié à la question du coût du travail. La France n’est plus compétitive dans son espace économique : on le voit avec sa balance commerciale, une croissance des entreprises moins forte qu’ailleurs, des taux de marge inexistants, un sous-investissement.

Je défends l’idée d’un vrai choc de compétitivité, autour d’une politique libérale qui dit aux Français : c’est par l’amélioration des conditions de production que l’on fera la meilleure des politiques sociales, c’est-à-dire le retour au plein-emploi ! Les Français découvrent les vertus des entreprises qui marchent, ils sont prêts à voir leurs services publics réduits car ils ont compris que le système actuel ne marche plus.

Nous ne sommes pas seulement en crise, on change de monde. Ce changement nous offre une foule d’opportunités et la France a tous les atouts pour y réussir. Or nous sommes frileux, quand il faudrait être conquérants. Il faut pour cela une vraie politique de l’offre.

Que proposez-vous aux entreprises pour ce « choc de compétitivité » ?

D’abord, première mesure, il faut le passage à 39 heures payées 35 ! Est-ce que notre destin est de voir notre pouvoir d’achat se réduire, un chômage massif, des prélèvements obligatoires augmenter pour un déficit qu’on n’arrive plus à réduire car il n’y a pas assez de production ? Ou essaie-t-on de renverser la vapeur ?

La deuxième mesure est une réduction des charges sociales avec une baisse des cotisations patronales familiales. L’idée est de faire en sorte que l’effet soit plus important sur les salaires jusqu’au salaire médian. Cette baisse des charges sera compensée par de la TVA et pourquoi pas un peu de CSG. Tout cela représente au total un choc de compétitivité de 50 milliards, bien plus important que le pacte de responsabilité. De même, il faut une baisse des cotisations retraite des salariés de 2% car nous voulons que le passage aux 39 heures s’accompagne d’un gain de pouvoir d’achat qui représentera un petit treizième mois pour les bas salaires.

Enfin, redonnons plus de souplesse aux entreprises avec la mise en place d’un contrat de travail unique. Pour que les entreprises n’aient plus peur d’embaucher, il faut aussi qu’elles puissent licencier : faisons un contrat dans lequel les conditions de rupture soient connues au moment de l’embauche.

Les Assises de la fiscalité des entreprises s’ouvrent cette semaine. Que faut-il faire sur le volet fiscal?

Il faut d’abord des mesures de confiance et de stabilité : inscrire dans la Constitution que les prélèvements obligatoires ne peuvent excéder 60% des revenus des ménages ; réduire le Code général des impôts et faire en sorte que toute mesure fiscale ne puisse être changée qu’une seule fois durant la législature. Et puis une politique de l’offre, c’est une politique favorable à l’investissement. Je propose de passer à un taux (plancher) d’IS de 15% pour redonner des marges aux entreprises et de permettre, sur le modèle israélien, de déduire de son revenu imposable jusqu’à 200.000 euros en cas d’investissement dans le capital d’une PME.

Toujours sur le modèle israélien, pour favoriser l’innovation, créons une agence gérée par des chefs d’entreprise, chargée de sélectionner des projets innovants, avec la possibilité d’investir massivement en fonds propres, jusqu’à 450.000 euros. Ce serait un effet de levier énorme.

J’ai aussi déposé une proposition de loi pour faciliter le financement des PME avec la mise en place d’un mécanisme de titrisation des prêts aux PME, via un label avec la Caisse des dépôts et consignations, ce qui encouragerait les banques à prêter davantage.

L’accord sur la formation-professionnelle va-t-il dans le bon sens ?

Il n’est pas à la hauteur de l’enjeu. Il faut déplafonner le compte personnel de formation de 150 heures et le libeller en euros. Il doit être inversement proportionnel à la qualification des salariés. Et puis ce marché de la formation professionnelle doit être un vrai marché, ce qui veut dire en clair qu’il faut un organisme de certification indépendant pour faire en sorte que la qualité de l’offre de formation soit garantie. Cela impose aussi de renforcer les critères de financement des partenaires sociaux.

Pensez-vous que les Français soient prêts à accepter ces mesures ?

Les Français ont compris que sans électrochoc, la France ne s’en sortira pas. Il faudrait que les avant-projets de loi soient prêts durant la campagne et passer, s’il le faut, pas les ordonnances dans les six premiers mois. Pourquoi les Français ont-ils eu cet engouement en 2007 pour Nicolas Sarkozy ? Ils pensaient qu’on allait en finir avec les rois fainéants. Malheureusement, probablement en raison de la crise de 2008, l’élan s’est ensuite perdu dans les sables.

 Écrit par Isabelle FICEK
Journaliste
ificek@lesechos.fr
 
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